Michel Leiris
Journal 1922-1989 Genre de texte Contexte Notes Texte témoin
Journal
Entrée de 1955.
Ce rêve a été remanié et publié dans Nuits sans nuit, p. 179-80 (Note de Jean Jamin).
Journal 1922-1989. Édition établie, présentée et annotée par Jean Jamin. Paris, Gallimard, 1992, p. 488.
Un mauvais moment à passer
4 Janvier
Il y a huit ou quinze jours, le rêve suivant (fait au petit matin, après un réveil prématuré):
Ayant besoin d’argent, je me suis engagé comme taureau dans une corrida. Au moment d’établir le contrat, l’organisateur me fait passer une sorte de conseil de révision, pour vérifier si je possède bien les cinq cornes qui doivent être stipulées sur le contrat par lequel il s’engage à fournir un «taureau à cinq cornes». Deux de ces cornes sont censées être sur ma tête. Les deux autres sont les deux sommets de mes omoplates, — que l’organisateur palpe, pour vérifier. Z[ette] est présente et je lui dis que cela me fait un peu froid dans le dos d’être palpé en cet endroit — un peu au-dessous de la nuque — là même où pénétrera l’estoc. Z[ette] me dit: «Ce n’est qu’une mauvaise matinée à passer. Après tu seras tranquille...» Je me révolte: «Après je serai mort!» Tout à fait furieux, je leur dis, à l’organisateur et à elle: «Vous vous foutez de moi! Je ne marche pas!» Et j’ajoute: «J’aime encore mieux tenter ma chance comme torero!» Le contrat ne sera pas signé et le rêve s’arrête là.
Caractère optimiste de ce rêve: je ne veux pas me laisser faire, je me rebelle, et je parviens à mes fins puisque je ne serai pas estoqué.