Anonyme

La mort Aymeri de Narbonne

France   1250

Genre de texte
Chanson de geste

Contexte
Chanson de geste de 4176 décasyllabes appartenant au cycle de Guillaume d’Orange. Composée très probablement au XIIIe siècle, elle nous raconte les derniers exploits d’Aymeri de Narbonne et la mort de celui-ci lors d’un combat contre les Sagittaires, des êtres mi-hommes mi-chevaux.

Notes
- l. 6: Ermengarde: épouse du comte Aymeri, héros de la chanson

- l. 24: Saint-Vincent: église de Narbonne

Texte original

Texte témoin
D’après les manuscrits de Londres et de Paris, par J. Couraye du Parc, Paris : Librairie de Firmin Didot et Cie, 1884, laisse XII, vers 296-333.




Premier songe d’Aymeri

Il voit un grand oiseau noir

XII

– Seigneurs barons», dit Aymeri le franc,
Le riche comte, le hardi, le vaillant,
«Jamais je ne me suis senti aussi souffrant.
Je ne puis d’aucune façon me lever.»
Gautier de Termes, Jauciaume et Guinemant,
Et [aussi] Ermengarde, la gracieuse comtesse,
Aident Aymeri à s’asseoir dans son lit
Et lui placent derrière le dos et autour de lui
Des coussins mous recouverts de soie blanche,
Et placent sur le lit une magnifique couverture
Dont les bordures sont en or;
Quatorze pierres précieuses on y voit, sur la frange,
Qui brillent plus fort qu’une chandelle ardente.

«Seigneurs barons», dit Aymeri le franc,
«J’ai tellement peur que mon cœur semble défaillir.
Je viens de faire un songe.
[Dans celui-ci] Un feu ardent venu d’Espagne
Incendiait tout mon pays;
Devant lui volait un oiseau noir,
Grande comme un bœuf était sa taille.
Il ravissait tout devant lui,
Et il se percha sur la plus haute des tours,
Partout il abattait les murs.
Je le vis faire tomber le clocher de Saint-Vincent,
Et mettre le feu à cette forte salle,
Et de ces murs faire écrouler les défenses.
Un rayon de feu volait vers moi,
Au milieu du corps il me blessait comme une lance.
Ma chair et mon sang tout cela me brûlait,
Et de ma bouche sortait un oiseau blanc
Dont la taille et l'allure étaient celles d’une alouette;
Vers le haut il s’en allait impétueusement.
Il rencontra une grande bande de pigeons blancs
Qui vers le ciel l’emmenaient en volant.
L’oiseau s’en alla en chantant doucement,
Je ne sais pas qui il était, mais j’ai grand peur.
À dieu le Père je me recommande :
Toute ma chair tremble.

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