Anonyme
La mort Aymeri de Narbonne Genre de texte Contexte Texte original Texte témoin
Chanson de geste
Chanson de geste de 4176 décasyllabes appartenant au cycle de Guillaume d’Orange. Composée très probablement au XIIIe siècle, elle nous raconte les derniers exploits d’Aymeri de Narbonne et la mort de celui-ci lors d’un combat contre les Sagittaires, des êtres mi-hommes mi-chevaux.
D’après les manuscrits de Londres et de Paris, par J. Couraye du Parc, Paris : Librairie de Firmin Didot et Cie, 1884, laisses XIII-XIV, vers 334-365.
Aux prises avec des ours et un lion
XIII
Aymeri parla [de nouveau] : «Écoutez, seigneurs barons;
J’ai encore vu autre chose en songe.
Vers la rivière j’étais allé avec un faucon,
Et j’avais pris une cane et un canard,
[Et] Je retournais très content et très joyeux.
D’une montagne sortirent vingt-quatre ours
Laids, sauvages, furieux et hideux.
Ils tuaient mon destrier de prix,
devant mes yeux ils le dépeçaient complètement,
Et ils me sautaient à la figure,
Voulant me dévorer impunément.
À travers un désert est venu, en courant, un lion;
Un énorme feu sortait de sa gueule,
Trente mille éperviers le suivaient.
En regardant cela j’eus peur,
Mais le lion me fut d’un très grand secours,
Car devant moi il tua un des ours
Et poursuivit [les autres] à travers les terres et les monts,
De telle façon qu’il me fit peur mais [me rendit aussi] joyeux.
XIV
Quand le lion eut chassé les ours,
J'en fus fort heureux.
Mais vers moi il revint à bride abattue,
Gueule ouverte comme s’il était en colère.
J’eus très peur qu’il voulût m’attaquer;
Courant après lui, [et] paraissant également furieuse,
Vint, se déplaçant très vite, une meute de lévriers.
Cette meute se mit à le suivre.
Une merveille je vis [alors] se produire :
Auprès de moi il se coucha par terre,
Il me léchait les mains et les pieds.
Tout autour de lui aboyaient les chiens,
Dont la joie était manifeste.