Gustave Flaubert

L'Éducation sentimentale

France   1869

Genre de texte
roman

Contexte
Ce rêve apparaît dans la deuxième partie, fin du chapitre 1.

Frédéric est de retour à Paris avec son héritage en poche. Il décide, après s'être acheté de nouveaux habits, de rendre une petite visite à monsieur et madame Arnoux. Il est un peu déçu en voyant cette dernière car il ne ressent pas les grandes émotions qu'il s'était imaginé. Arnoux lui propose ensuite d'aller à un bal et c'est à cet endroit qu'il y rencontre la Maréchale, la maîtresse du logis. Cette fête est haute en couleurs : tout le monde danse, chante, boit et mange toute la nuit. Au petit matin, les deux hommes retournent chez eux et c'est après s'être couché que Frédéric fait ce rêve.

Notes
La Poissarde, la Débardeuse, La Sauvagesse... : surnoms de femmes que, juste avant ce rêve, Frédéric a rencontrées dans un bal costumé donné par Rosannette Bron en sa demeure.

Jacques Arnoux est le mari du grand amour de Frédéric, Marie. C'est lui qui a entraîné le jeune homme au bal en lui promettant qu'il s'y amuserait beaucoup tout en y rencontrant des gens importants.

La Maréchale est le surnom de Rosannette. Frédéric continuera de la désigner ainsi.

Texte témoin
Gustave Flaubert, l'Éducation sentimentale, Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1891, p. 156-157.

Édition originale
Gustave Flaubert, l'Éducation sentimentale, Paris, Lévy, 1869.

Édition critique
Gustave Flaubert, l'Éducation sentimentale, éd. P. M. Wetherill, Paris, Garnier, 1984, p. 128-129.

Gustave Flaubert, l'Éducation sentimentale, éd. C. Gothot-Mersch, Paris, Garnier-Flammarion, 1985, p. 183-184.




Rêve de Frédéric Moreau

Au timon d’un fiacre

Puis il se coucha, avec une douleur intolérable à l'occiput; et il but une carafe d'eau, pour calmer sa soif.

Une autre soif lui était venue, celle des femmes, du luxe et de tout ce que comporte l'existence parisienne. Il se sentait quelque peu étourdi, comme un homme qui descend d'un vaisseau; et, dans l'hallucination du premier sommeil, il voyait passer et repasser continuellement les épaules de la Poissarde, les reins de la Débardeuse, les mollets de la Polonaise, la chevelure de la Sauvagesse. Puis deux grands yeux noirs, qui n'étaient pas dans le bal, parurent; et légers comme des papillons, ardents comme des torches, ils allaient, venaient, vibraient, montaient dans la corniche, descendaient jusqu'à sa bouche. Frédéric s'acharnait à reconnaître ces yeux sans y parvenir. Mais déjà le rêve l'avait pris; il lui semblait qu'il était attelé près d'Arnoux, au timon d'un fiacre, et que la Maréchale, à califourchon sur lui, l'éventrait avec ses éperons d'or.

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